Opération Dédale de Claude Thévenet
Claude Thévenet, ancien agent de la DST, vient de publier un vrai-faux roman d’espionnage sur un complot visant le lanceur européen.
Opération Dédale est un passionnant vrai-faux roman d’espionnage sur un complot américain visant à saboter le lanceur spatial européen Ariane à Kourou. Le sabotage, d’ailleurs, réussit et un certain Nicolas Dormanges, un agent très spécial, entreprend de dénouer les fils du montage. L’important, en ce qui concerne Opération Dédale, c’est la personnalité et la carrière singulière de son auteur, Claude Thévenet. Il est du milieu, il a passé quinze ans dans la section antiterroriste de la DST. Bref, il sait de quoi il parle.
« Attention c’est un thriller que j’avaisenvie d’écrire depuis très longtemps, ce qui est une façon de me libérer quand on vit dans un monde où règne le silence, explique-t-il. C’est un roman, je tiens à le souligner. Ce que je relate ne porte atteinte à aucun secret. Cette histoire aurait pu être vraie, même si je ne crois pas qu’on ait saboté Ariane. Il est cependant indubitable que cette fusée dérange, que la technologie européenne dérange tout le monde. Il y a dix ans, les Américains détenaient le quasi-monopole des lanceurs. Leur part est aujourd’hui inférieure à 50%. »
Sabotage
Il y a pourtant des détails qui frappent et qui ne sont pas imaginaires dans Opération Dédale. Ainsi Thévenet fait-il entrer en scène un chalutier bourré d’électronique que les Américains utilisent pour le sabotage. « Le chalutier a bel et bien existé, je suis formel ! Il portait un nom russe mais était américain et effectivement, muni de nombreux et sophistiqués systèmes électroniques. Il a été chassé par un Bréguet Atlantique alors qu’il se’ trouvait juste à l’endroit où devaient se séparer les deuxième et troisième étages. J’ignore qui l’avait précisément armé. L’équipage de l’avion l’a pris en photo. »
Toujours est-il que le contre-espionnage français avait, dans les années 1979- 1980, dépêché des agents en Guyane afin d’éviter une présence trop envahissante d’agents américains. « Il est évident que des choses se tramaient alors, ajoute Claude Thevenet. Idem, il s’est passé des événements étranges pour les lancements 15 et 18 en 1985 et 1986 ». Le Cnes avait officiellement rejeté la thèse d’un sabotage : la version était qu’il y avait eu purement un accident. L’auteur d’Opération Dédale a tenu à concevoir une histoire telle qu’elle aurait pu survenir avec un grand degré de vraisemblance. Il se situe dans la lignée de deux anciens agents très spéciaux qui ont également publié des romans d’espionnage : Pierre Nord et Déodat Puymontbrun.
Services spéciaux
Là-bas, Thévenet ne chôme pas. « Je me suis toujours occupé des affaires de terrorisme : la traque de Carlos. J’ai suivi les Basques, surveillé les mouvements implantés au Moyen-Orient. Notre division était chargée de faire des analyses prospectives. Je m’efforçais de comprendre les grands ensembles et les mouvances. Nous avons ainsi déjoué pas mal de tentatives et collaborions avec les services de tous les pays concernés. »
De 1982 à 1987, Thévenet est envoyé en Polynésie. « Je travaillais sur les mouvements autonomistes et Greenpeace. Dans mon travail, j’ai vu la main de Cuba. Mais on savait que les indépendantistes et les écologistes, en Polynésie, étaient manipulés par la RDA. »
L’ennui, c’est que la DST doit composer avec le pouvoir politique, ses injonctions, la raison d’Etat, voire fermer les yeux sur certaines activités dangereuses pour la sécurité nationale. Thévenet ne supporte pas cette situation et les mensonges. Il quitte la « maison » pour des motifs éthiques.
Croit-on qu’il va décrocher ? Non pas. Le renseignement, c’est sa vie. Il fonde une agence, TPM International avec un ami. « C’est un cabinet de renseignements économiques et je travaille avec de grands groupes français. Mais c est la guerre. Je me heurte ainsi à des agences surtout anglo-saxonnes, c’est un conflit entre les services spéciaux par agences interposées. Il y a des coups boursiers, des rachats sournois d’actions, des lancements de rumeurs. De l’activisme auprès des syndicats. La plaque tournante de tout est Bruxelles : le Parlement européen y siège, le pays est pourri. »
Philippe CUSIN
LE FIGARO

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