Partie 1
Pour débuter cette nouvelle année, je vous propose quelques extraits d’une conversation informelle avec mon chargé de communication. Nous avons échangé sur mes inspirations, l’écriture de mes romans d’espionnage, et les petites anecdotes qui enrichissent mes récits.
D’autres extraits de cette discussion seront publiés ici au fil de l’eau, alors restez connectés pour en découvrir davantage ! Je vous souhaite une excellente année et une lecture agréable.
D’après votre biographie, vous avez travaillé dans un service de renseignement avant de devenir écrivain. Qu’est-ce qui pousse un ancien espion à écrire des romans d’espionnage ?
En préambule je voudrai corriger votre formulation. Si j’ai bien travailler pour un service de renseignement, la DST, devenue aujourd’hui la DGSI, nous n’étions pas des espions mais des officier de renseignement. Les espions ce sont les « méchants », ceux des services adverses travaillant pour d’autres pays, alliés ou non, qui viennent sur notre territoire pour nous nuire.
Merci pour cet éclairage, c’est une erreur courante.
Pour répondre à votre question : qu’est-ce qui pousse un ancien des services de renseignement à écrire des romans ? Dans un premier temps, le plaisir d’écrire. Ensuite une constatation, il y a peu, voire pas d’auteur de roman d’espionnage français venant de cette mouvance. Je parle de romans et non pas de mémoires, car elles sont nombreuses. Il y a eu un grand ancien Pierre Nord, l’une des figures du 2è bureau durant l’entre deux guerres. Mais qui se souvient encore de lui ? Il y a eu aussi, dans un genre plus léger mais très réaliste, Déodat Puy-Montbrun, et son personnage récurent, Camberra. C’était un officier du BCRA puis du SDECE, dont est issu la DGSE.
Plus récemment, Pierre Martinet, Daniel Hervouët, et, surtout, Vincent Crouzet se sont distingués.
Il existe par contre pléthore de romans, dit d’espionnage, qui n’ont rien à voir avec la réalité du métier d’officier traitant ou d’agent du service action. Le fameux SAS est l’exemple type de ce que n’est pas un officier de renseignement.
Dans quelle mesure cette expérience concrète a-t-elle façonné votre manière de raconter les rouages du monde de l’espionnage ? Quels souvenirs ou anecdotes vous inspirent encore aujourd’hui ?
Je pense que tout auteur met de lui-même dans ses récits. En ce qui me concerne certains de mes amis m’ont dit que c’était une psychothérapie… Là, je prends un joker !
En tout cas, j’ai essayé d’être le plus prêt possible de la réalité tout en sachant que celle-ci n’a rien d’exaltant et que pour quelques minutes d’adrénaline il faut parfois attendre des jours, voire des mois.
On ne peut pas écrire un roman comme un compte-rendu de mission, sec et dépourvu d’émotions et de descriptions.
Bien évidemment, dans mes trois romans se retrouvent des anecdotes véridiques bien que démarquées.
Justement, pour en venir à vos romans, ces derniers se déroulent souvent à l’étranger. Pourquoi le choix de ces décors ? Pensez-vous que le renseignement, aujourd’hui, dépasse largement les frontières nationales et s’opère à une échelle mondiale ?
J’ai eu deux carrières, deux vies, l’une plus longue que l’autre. A la DST je ne m’occupais que de contre-terrorisme et même si notre zone de compétence allait du Maroc à l’Indonésie et du Caucase à l’Afrique sub-saharienne c’est le Moyen-orient qui m’a le plus passionné et que je connais le mieux.
Ma seconde vie, dans le privé comme consultant en intelligence économique pour de grands groupes militaro-industriels français, m’a conduit sur les cinq continents (y compris l’île de Pâques… que pouvait-il y avoir à découvrir sur ce caillou perdu au milieu du Pacifique ? Je vous laisse le soin de le chercher…).
Voilà qui est intriguant !
Pour répondre à votre question, même la DGSI, le renseignement intérieur, ne peut pas se permettre de se cantonner au seul territoire national. Il y a une espèce de droit de suite. Tout comme la DGSE ne se gène pas pour opérer en France.
Ah merci pour cette information.
Qu’il s’agisse de renseignement au niveau étatique ou à celui de sociétés privées, il s’agit de se protéger de pays étrangers tant amis qu’ennemis.
L’actualité des conflits, comme la guerre en Ukraine ou au Moyen-Orient, a révélé l’importance du renseignement d’origine source ouverte (ROSO ou OSINT). Voyez-vous ces nouvelles pratiques comme une révolution ou comme une menace pour les métiers traditionnels du renseignement ?
Sans rentrer dans le détail, il est indéniable que les nouvelles technologies permettent de connaître énormément de choses mais ces outils ne pourront jamais (du moins dans un avenir proche) pénétrer dans le cerveau des décideurs. Par exemple, il est évident que les Américains étaient au courant de se qui se tramait en Russie contre l’Ukraine grâce à une source humaine, proche du président. Espérons que la divulgation par Joe Biden du projet d’attaque contre Kiev ne lui ait pas été fatal. Si les Israéliens, notamment grâce à leur « grandes oreilles » (et bien plus que ça), l’unité 8.200, obtiennent des succès incontestables, les sources humaines jouent un jeu indispensable. La neutralisation du leader du Hezbollah, Nassan Nasrallah, en est la preuve.
Selon vous, quelle est aujourd’hui la « guerre de l’ombre » la plus représentative des tensions géopolitiques modernes ? Quels en sont les enjeux majeurs ? Pour les lecteurs rappelons que l’expression « guerre de l’ombre » désigne généralement des conflits menés en dehors des champs de bataille traditionnels. Il s’agit d’opérations secrètes souvent attribuées aux services de renseignement, aux forces spéciales ou à des acteurs non étatiques.
Question difficile, tant le sujet est vaste. Mais ce qui se passe au Sahel, en Libye et dans l’Afrique de l’Est est représentatif d’un conflit larvé entre l’Occident et la Russie (parfois alliée de la Turquie, dont le rôle n’est jamais clair), avec des implications nord-américaines et, sans doute chinoises. Des armées privées telles Sadat (Turquie), Africa Corps (ex-Wagner), participent à des guerres asymétriques dans lesquelles on retrouve les forces spéciales ukrainiennes… En Libye, la France est présente du côté du gouvernement de Tripoli mais aussi du côté du maréchal Khalifa Haftar, au sein du « gouvernement de Tobrouk ». C’est un véritable imbroglio.
Malheureusement, je suis persuadé que tout cela ne va qu’empirer. Et je ne parle pas de l’ingérence de l’Azerbaïdjan dans nos départements et territoires d’outre-mer, y compris en Corse.

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